Ces jours les plus longs… Ce jour si dangereux…
J’aimerais, comme l’écrasante majorité des Européens que l’élection américaine se tienne demain, et voit la victoire par KO de Barack Obama sur le ticket républicain.
Malheureusement, la route est encore longue jusqu’au scrutin, et chaque jour à venir sera plus difficile à affronter que le précédent pour les challengers démocrates. Alors que le dernier débat a opposé Barack Obama et John McCain mercredi dernier, force est de constater que le vieux Maverick n’a pas dit son dernier mot, dans une atmosphère politique de plus en plus malsaine, polluée par les soupçons de fraudes électorales, qui sont bien moins dus à des malversations qu’à des problèmes techniques qui vont encore embrouiller le scrutin du 4 novembre.
Je dois reconnaitre que j’avais sous estimé McCain, une erreur que j’avais pourtant essayé d’écarter systématiquement depuis que j’ai commencé ce blog. Pourtant, j’ai été trop sensible à l’euphorie qui a emporté, encore, les partisans de Barack Obama. Il y avait de quoi, avec le ralliement de tous les grands quotidiens, du soutien de l’ancien secretaire d’Etat républicain Colin Powell, des sondages qui annonçaient une avance de 10/14 points au niveau national, des bastions républicains qui se teintaient de bleu… Rien ne semblait pouvoir endiguer les vagues déclenchées par le tsunami financier.
Las. En politique, rien n’est jamais acquis, et voila que John McCain a su saisir l’occasion de son dernier débat pour se remettre dans la course. Bien entendu, Barack Obama continue à mener dans les intentions de vote, mais il ne monopolise plus le débat comme il était parvenu à le faire depuis les errements de McCain sur la crise et les interventions pitoyables de Sarah Palin.
Mon erreur avait été de croire que le cadre étriqué du débat télévisé ne permettrait pas aux candidats de faire la différence. Je n’avais pas totalement tort, mais suffisamment pour ne pas avoir prévu l’habilité tactique de John McCain qui a su être efficacement offensif pendant la première partie des échanges. En fait, la force de McCain n’a pas été de « gagner le débat », car les conditions de l’exercice ne le permettaient effectivement pas. En revanche, il a su placer deux éléments qui depuis, servent d’angles d’attaque.
Le sénateur de l’Arizona a réussi à se redifférencier de George W. Bush, tout en recentrant son propos sur la prétendue rigueur fiscale de son programme, comparé aux projets soi-disant dispendieux et « socialistes » de son adversaire.
Une seule phrase, a suffit à John McCain pour rappeler au pays qu’il n’était ni un successeur ni un ami de George W. Bus. La plus simple qu’il soit : « Je ne suis pas George Bush. Si vous vouliez mener une campagne contre lui, il fallait vous présenter avant. »
Je persiste et signe à dire que le parti démocrate se trompe en cherchant à faire croire que John McCain est un héritier de George Bush. C’est faux et difficilement falsifiable. Car si la campagne républicaine a échoué sur bien des sujets, elle a réussi à imposer la personnalité indépendante du sénateur de l’Arizona, renforcée par la présence de Sarah Palin. Ce comportement intellectuellement paresseux d’un parti qui a pour mascotte bien choisie un âne, est une erreur potentiellement dramatique, car elle ne peut pas atteindre réellement sa cible.
Ce qu’il faut faire contre McCain, et c’est ce que Barack Obama avait fait depuis le début de la crise, c’est insister sur le fait que McCain n’est pas hériter de George Bush, mais insensible à la réalité de l’Américain moyen et prisonnier d’un dogme économique qui l’empêche de trouver de solutions innovantes. Il s’agit en fait de contourner son statut de Maverick et non de l’affronter de plein fouet. Il est inutile d’attaquer une forteresse de front avec des flèches grossières ; mieux vaut saper lentement et surement ses murs. Les Américains n’ont pas besoin qu’on agite l’épouvantail de George Bush. De toute façon, les gens ne votent jamais sur un bilan ; ils vont de l’avant. Il faut donc proposer un projet sexy et ne pas se contenter de rabâcher les échecs de quelqu’un qui ne se représente pas !
Je dois dire cependant que cette stratégie inefficace est moins le fait d’Obama que des caciques du parti Démocrate qui sont, s’ils faillaient encore le prouver, une bande de gros nazes, lâches, médiocres et fainéants. John McCain a d’ailleurs le même problème avec son propre parti.
De toute façon, trop souvent, les partis sont moins les lieux de réflexion et d’initiatives qu’ils devraient être, que des planques de gros cons et de notables gras qui attendent qu’un leader plus inspiré et ambitieux qu’eux vienne leur apporter la victoire. Ils ont généralement la mémoire courte et la trahison facile, mais ca n’est pas le problème.
Le deuxième angle d’attaque ouvert par McCain est la rigueur fiscale. Agiter la muleta des hausses d’impôt est l’arme favorite, et malicieusement efficace, des Républicains pour convaincre les électeurs indépendants de ne pas voter pour des Démocrates, réputés dispendieux dans l’inconscient collectif.
Le ticket Républicain avait eu du mal à user de cette petite marotte pour le moment car Obama avait réussi à se positionner comme l’homme qui allait baisser les impôts de la classe moyenne, ce qui est vrai d’ailleurs.
Vint « Joe le plombier » et sa petite entreprise au chiffre d’affaire de 278 000 dollars, promise à une hausse d’impôt de trois points dans le projet Démocrate. Cet Américain « moyen » patibulaire -qui s’est ensuite avéré être un escroc du nom de Samuel, passons- a été la vedette du dernier débat présidentiel. Je crois que son nom est revenu plus de vingt fois, d’abord dans la bouche de McCain, puis d’Obama.
Tout avait commencé lors d’une séance de porte à porte filmée d’Obama dans l’Ohio, Etat clé du scrutin. « Joe » se pointe et interpelle le sénateur de l’Illinois pour savoir s’il va devoir payer plus d’impôt. Obama fait d’abord l’erreur de répondre à coté, en parlant de son crédit d’impôt de 50 000 dollars sur les assurances santé que peuvent offrir les PME à leurs salariés. Ce n’est pas le sujet et le plombier, en citoyen sûr de son bon droit, réitère sa question. Le sénateur de l’Illinois est bien obligé de dire qu’il va augmenter le taux d’imposition, mais n’a pas le temps d’expliquer sa position. « Joe » a déjà repris la parole et s’indigne qu’il doive payer plus parce qu’il réussit à force de travail et de labeur. Vient la gaffe d’Obama qui dit vouloir « répartir les richesses ».
Bam ! Des semaines de travail pour rien. Barack Obama venait d’offrir à ses adversaires le plus beau des cadeaux : le soupçon socialiste ! Cela fait des mois que les militants Républicains répandent des théories ordurières parlant d’un « agenda caché » de Barack Obama, tantôt suppôt d’Al Qaeda, tantôt communiste défroqué. Ces théories ont un réel écho dans les classes moyennes très mal informées des Etats-Unis. Surtout, elles s’appuient sur un défaut réel du candidat démocrate, à savoir le recentrage drastique de son discours qui semble parfois peu sincère. C’est un fait que Barack Obama est en réalité bien plus « à gauche », « liberal » pour reprendre un terme anglo-saxon, qu’il ne l’affiche vraiment. Avouer au détour d’un débat « vrai » qu’il veut répartir les richesses est donc particulièrement dangereux. McCain le sait et ne parle plus que de ca. « Les socialistes européens ont au moins le mérite d’afficher clairement leurs pensées »… Attaque malhonnête, pernicieuse mais potentiellement dévastatrice.
Ce recentrage de John McCain sur les faiblesses d’Obama est d’autant plus efficace qu’il arrive après une série d’interventions du candidat républicain visant à pacifier les débats et à se désolidariser des attaques nauséabondes dont Obama était la victime.
La semaine dernière, en plein meeting, McCain a rembarré une pauvre conne qui prétendait avoir « peur de Barack Hussein Obama qui serait musulman « et un beauf qui avait sorti le même genre d’imbécilité. Immédiatement, le sénateur a défendu son collègue, « un bon père de famille » et « un homme qui serait un bon président » même si bien entendu, lui-même sera bien meilleur… Hués des supporters, défiance du parti. On pensait que McCain avait accepté l’idée d’avoir perdu.
C’était faux. John McCain en avait juste assez de s’abaisser, et tenait à son intégrité. Je continue à dire, et je ne suis pas tenu au politiquent correct des politiques américains, que McCain est un homme exceptionnel, et l’un des meilleurs hommes d’Etat américain. Cette intervention était spontanée et non stratégique comme ne témoigne la gaffe qu’il a faite le lendemain en disant qu’il allait « fouetter le vous savez quoi d’Obama » pendant le débat…
En revanche, c’était une bonne intuition. En bannissant les rumeurs foireuses de sa campagne, il pouvait se consacrer sur la plus crédible et la plus dangereuse : le fait que Barack Obama serait un dangereux socialiste !
Voila comment on transforme une intervention honorable en magouille politique, et voici Sarah Palin, l’exécutante des basses œuvres, qui repart à l’assaut contre les communistes ! Je tiens aussi à signaler que le gouverneur de l’Alaska a bien changé en quelques semaines. Toujours aussi stupide et populiste, mais beaucoup plus discrète et subtile. McCain l’a en fait confinée dans son rôle : mobiliser la base quand il s’occupe des électeurs indépendants, ceux qui ressemblent à « Joe le plombier » ceux qu’il regarde droit dans le yeux a travers la caméra.
Heureusement pour lui, Obama a bien compris le danger et est redevenu offensif et percutant. Joe Biden semble aussi reprendre des couleurs dans es meeting de la Rust Belt, tandis que la dynastie Clinton s’engage de plus en plus.
Surtout, le sénateur de l’Illinois a cessé de dire à tout le monde qu’il allait gagner quoiqu’il arrive. Ceux qui sont fidèles à mes petites chroniques devineront que j’ai beaucoup ri quand je l’ai entendu dire qu’il « avait appris une grande leçon de la part de son amie et supportrice Hillary Clinton : il faut se battre jusqu’au bout, aller chercher chaque voix ». C’était effectivement la leçon principale qu’avait donnée Clinton, en l’oubliant au début des Primaires avant d’en inspirer désespérément. La bataille politique n’est jamais gagnée, Obama l’avait trop longtemps oublié.
Une fois encore, je le rappelle, l’objet de l’élection n’est pas de mener à l’échelle nationale. Il faut conquérir le maximum d’Etats importants et leurs grands électeurs, les fameux « swing states » qui changent régulièrement de couleur politique –Ohio, Michigan, Pennsylvanie, Missouri, Floride, Nouveau Mexique, Nevada, New Hampshire, Iowa, Virginie Occidentale- mais aussi des bastions Républicains qui pourraient finalement basculés –Colorado, Virginie, Indiana, Caroline du Nord, Montana, Dakota du Nord.
Pour l’instant, le parti Républicain se trouve en fort mauvaise posture car ses terres sont en danger. En effet, jamais l’Etat major du G.O.P n’avait pensé que la Virginie et la Caroline du Nord seraient si sérieusement menacées. Devant le manque de fonds –une première-, McCain a du abandonner le Michigan, qui aurait pu voter pour lui, pour se concentrer sur ces Etats traditionnellement sudistes mais qui ont connu depuis vingt ans, pareillement à la transition de l’économie, une immigration d’ingénieurs et d’informaticiens venus du nord. Combinée au vote Noir, cette nouvelle tendance pourrait changer la donne.
Cependant l’avance d’Obama est faible. Si pour les raisons que j’ai expliquées plus haut, si la mobilisation des Noirs et des jeunes n’était pas à la hauteur, si le racisme s’exprimait dans l’isoloir, alors Caroline du Nord, Virginie, Ohio, Missouri, Nevada, Colorado, Floride reviendront très facilement dans le giron Républicain. Surprise, McCain sera président.
Je m’explique. Une fois encore, les Démocrates sont challengers pour l’élection présidentielle américaine. Il leur faut conquérir des Etas jusqu’alors dominés par les Républicains. Bien entendu, les élections générales de 2006 ont déjà montré des fissures profondes et les Démocrates ont connu d’impressionnâtes inscriptions de nouveaux électeurs sur les listes. Mais ces électeurs sont fragiles. Le 4 novembre ne sera pas férié. C’est un élément profondément injuste, qui explique une grande partie de l’abstention massive que connait le pays. Rien ne dit que les pauvres et les classes moyennes auront l’opportunité de prendre le temps de s’y rendre, rien ne dit que les Noirs se mobiliseront. Enfin, comment ne pas craindre que certains électeurs, qui ne s’expriment pas dans las sondages, ne veulent en fait pas voter pour un Noir.
Je crois très modérément au fameux « effet Bradley » qui suppose une très importante différence entre les intentions de vote envers un Noir, et le scrutin final. En effet, déclarer qu’on va voter Républicain dans un sondage n’indique pas qu’on soit raciste, et un raciste honteux peut très bien dire qu’il va voter McCain sans avouer que c’est parce qu’il refuse de voir un Noir à la Maison Blanche. Donc, je ne vois pas pourquoi un raciste mentirait. Pourtant, la crainte resta là.
Ainsi, l’avance, inférieure de six points, dans la plupart des Etats clés, est bien maigre.
Plus inquiétant, il est très possible que les Etats Unis nous refassent le coup de l’élection de George W. Bush. A savoir que d’une part, le président élu peut être celui qui n’a pas réuni le plus de voix, et que d’autre part, l’élection doive être départagée par la Cours Suprême du fait d’irrégularités.
En 2002, la loi Help America Votes a cherché à moderniser les procédures affolantes du scrutin pour éviter les litiges, assainir les liste électorales.
Le problème majeur du système électoral américain est qu’il est à la fois simpliste et complexe… En fait, il est totalement arriéré et laissé à la discrétion des Etats, voire des comtés, c’est-à-dire, aux cliques politiciennes locales qui ont tout à gagner à son opacité, notamment en zone rurale !
Les listes électorales sont tenues avec une légèreté affolante. On peut tout aussi bien les soumettre à des purges surprises –on ne sait alors même pas qu’on est radié…- qu’à des inscriptions massives frauduleuses –cf. la polémique sur l’association gauchiste pro Obama Acorn dont les militants, rémunérés au chiffre, ont parfois enregistré plusieurs dizaines de fois un électeur… La raison en est fort simple : il n’existe pas de carte d’identité aux Etats-Unis… Et comme tous les citoyens n’ont pas de passeport, de carte de sécurité sociale ou de permis de conduire, c’est le flou absolu.
Pire encore, certains Américains sont tout simplement interdits de vote. Je reviens sur le fait que le 4 novembre n’est pas férié. Déjà, je me demande encore pourquoi le scrutin ne se tient pas un dimanche –est ce pour des raisons religieuses stupides ? En tout cas, nombres de gens ne pourront pas voter à cause de cette absurdité, soit parce qu’ils n’auront pas le temps ou les moyens, soit parce que l’affluence sera si grande avant et après le boulot, ou à la pause déjeuner, que les électeurs seront découragés. C’est déjà ce qu’il s’est passé en 2004.
Par ailleurs, plusieurs Etats demandent une pièce d’identité avec photo pour voter…Ceux qui n’ont donc pas de permis de conduire ni de passeport seront écartés. C’est tout bonnement scandaleux et très dangereux pour les Démocrates. Qui n’a pas les moyens de prendre un jour de congé ? Qui n’a pas de passeports ou de permis de conduire ? Surement pas les mères de foyer dévotes débiles qui n’ont rien à foutre de la journée ou les gros beaufs nationalistes !
Enfin, le système de vote reste parfaitement grotesque. Le 4 novembre, il ne faudra pas seulement voter pour élire le président… Il faudra élire le gouverneur, parfois un sénateur, souvent choisir le procureur du coin ou le directeur de l’école d’à coté, se prononcer sur plusieurs référendums locaux. En gros, il ne s’agit pas de poser un petit bulletin dans une urne comme en France. Même pas plusieurs, car les Américains ont imaginé tout un tas de système abracadabrantesques et absurdes.
Vous avez les leviers, les pédales, et les fameuses cartes à poinçonner. C’est long, compliqué -les votes involontaires et/ou erronés sont légions- et décourageant. Le vote informatique est pour l’instant un échec. En Floride, on a montré que les machines avaient « oublié » 100 000 votes, en Ohio que les votes pour le candidat A avaient été enregistrés pour le candidat B… Pourquoi les Américains ne font pas un système simple avec autant d’urnes que de questions posées ? Pourquoi ne multiplient ils pas les bureaux de vote, ou n’allongent la durée du scrutin ? Mystère !
En fait, rien n’a été fait depuis huit ans, et en 2004 Kerry avait failli s’opposer au vote de l’Ohio. En 2006, les élections générales avaient été entachées de soupçons.
Les Etats-Unis sont une démocratie malade à bien des égards et paradoxalement, cela est essentiellement dû à son culte de la démocratie originelle, la constitution de 1787. Le vote indirect est le reliquat le plus absurde de ce culte. Ne serait il pas logique que les Etats-Unis, qui sont devenus une nation indivisible et uni votent à l’unisson pour leur président ?
Le culte de la Constitution est grotesque a bien des égards, et j’y reviendrai sans doute un jour dans un autre billet. Je voudrais me concentrer sur les signes qui m’ont frappés dans cette campagne.
Tout d’abord, il est affligeant de voir à quel point le débat est organisé par certains médias sans être régulé. Cet élément n’est pas propre aux Etats-Unis loin de là, mais il y est particulièrement alarmant même si les grands networks télévisuels ont fait de réels efforts cette année –prise de conscience post Irak.
Les candidats restent totalement à la merci des médias qui choisissent ce qu’ils entendent dans leurs discours, posent les questions croustillantes de merde, corsettent les débats, les étouffent. Pire encore, ce contrôle scandaleux n’est même pas compensé par une rigueur informative, et un candidat ou un journaliste peut raconter n’importe quoi à la téloche sans qu’un médiateur vienne rappeler des faits objectifs. La situation est d’autant plus choquante que les Etats-Unis possèdent l’une des meilleures presses du monde. Il serait bon que certains medias prennent exemple sur eux…
Le résultat de cette main mise absolu et terriblement médiocre des médias est un débat à la fois ordurier et pauvre.
Le fait que la campagne soit polluée par des polémiques diffamatoires n’est pas nouveau. En revanche, Obama aura vraiment été victime des accusations les plus graves et les moins fondées de l’histoire électorales des Etas Unis.
Mais ce qui m‘inquiète le plus, a été la pauvreté absolue des débats. J’aimerais quand même attirer votre attention sur le fait que la campagne n’a en fait traité que de très peu de sujets ! De quoi a ton parlé ? De « la crise », du système d’assurance santé, de la politique étrangère (a savoir en gros l’Irak et Al Qaeda !), des « taxes », de l’indépendance énergétiques… On a un peu parlé, mais à un niveau minable, de l’Alena, d’avortement, de féminisme (grâce à Hillary et à cause de Palin), et de mariage gay, Obama a évoqué en passant l’Ecole et l’Université…
Qu’en était il de la recherche, des infrastructures, de ‘l’immigration et de la société multiculturelle à venir –ne serait ce que la question de l’Espagnol-, de la situation affolante de la criminalité –on a quand même eu un candidat afro-américain qui a à peine parlé des ghettos… J’en passe et des meilleurs. Affligeant, tout bonnement affligeant.
Un autre élément choquant est la mise à l’écart absolu des petits candidats. Attention, je ne dis pas qu’il faut les traiter à égalité, mais il est quand même purement scandaleux qu’aucun débat n’ait été organisé avec l’ensemble des candidats. C’est injuste et malsain. En effet, le système politique américain ne gagne rien à moisir dans le bipartisme et il serait bon qu’un débat pluraliste vienne foutre un peu le bordel, ou simplement briser certains consensus pas forcement justifiés !
Enfin, on ne pourra que déplorer le rôle de l’argent dans cette campagne, élément sur lequel je ne m’étalerai pas. Cependant, que penser d’une campagne qui est conditionnée par les ressources des candidats à ce point ? Que penser du fait qu’un candidat ne visite même pas tous les Etats du pays pour faire campagne, que certains Etats soient sacrifiés, non pas seulement à des fins stratégiques, mais financières ?
La situation de la démocratie américaine est d’autant plus insupportable qu’elle affiche aussi des signes de vitalité impressionnants. La mobilisation citoyenne, les inscriptions électorales ont enregistré des records. Certains médias ont fait de réels efforts journalistiques, je pense à CBS.
Surtout, les candidats ont montré à quel point ils étaient démocrates. On agite régulièrement la menace des méchants Républicains soi-disant dangereux et fascistes. On a dit que Sarah Palin était une néfaste intégriste… J’invite tous mes gentils lecteurs à aller voir les interventions de John McCain au diner de charité annuel de la fondation Al Smith, ainsi que la participation de Sarah Palin au show du Saturday Night Live. On réalisera à quel point les hommes politiques américains ne se prennent jamais trop au sérieux, ont de la distance sur eux-mêmes, et sont ouverts à la critique, au débat et à l’auto dérision. Quand on voit Sarah Palin qui pouffe de bon cœur devant les caricatures presque insultantes faites à son égard, qui danse sur un rap qui parodie ses idées, on se dit que vraiment, l’Amérique sera toujours le sanctuaire de la liberté et des modérés, par delà ses apparences populistes affligeantes.
Une campagne est un moment aussi décisif qu’intéressant en ce qu’elle décide de l’avenir d’un pays tout en donnant une vision on ne peut plus complète de sa société. La course pour la Maison Blanche est encore loin d’être jouée, mais elle apporte déjà nombre de leçons sur les Etats-Unis, démocratie à la fois resplendissante et très malmenée. Une chose est sûre en tout cas, quelque soit le résultat du scrutin, le président n’aura pas d’autre choix que d’engager un tournant historique ; gageons que même McCain sera capable de le faire.
http://www.nbc.com/Saturday_Night_Live/video/clips/gov-palin-cold-open/773761/
http://fr.youtube.com/watch?v=v5SWQJWm6Tg
http://fr.youtube.com/watch?v=ZhvK5dNSXow&feature=related
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