Fier, à nouveau, d’être tous Américains !
Il y a sept ans, l’Amérique était frappée par les attentats les plus meurtriers que le monde avait pu connaitre. L’ensemble de l’Occident, mais aussi nombre d’autres pays, se sentaient alors profondément solidaires du peuple des Etats-Unis, et communiaient avec eux dans une minute de silence à la mémoire des victimes.
Parce que ce peuple, parce que ce pays ne se contentaient pas d’être les plus puissants, ils étaient admirables. Les huit années de mandats de Bill Clinton, par delà ses aléas diplomatiques et domestiques, avaient porté la nation qui avait écrasé la dictature communiste au rang d’Hyper puissance », assurant avec superbe son rôle de leader du monde libre. Malgré ses faiblesses et ses injustices, l’Amérique inspirait, l’Amérique faisait rêver.
Le 12 septembre 2001, nous étions tous bel et bien Américains, unis face à la haine de nos idéaux.
Sept années avaient passé, et cette communion n’était plus qu’un souvenir diffus. L’administration Bush n’était pas la seule à blâmer, c’est l’ensemble de la société, du système américain, de ses élites et de son peuple, qui avait perdu la confiance et l’admiration que le monde lui portait. Alors que le modèle reaganien s’écroulait sous les blessures cruelles, profondes et pernicieuses qu’il avait infligées, alors que Washington perdait son autorité au sein d’un ordre mondial bouleversé qui tourne à son désavantage, on accordait plus beaucoup de crédit à cette nation qui nous avait tant déçu.
Et pourtant, les absolus de liberté et de rêves que les Etats-Unis ont toujours voulu incarner n’avaient pas disparu, ni de l’âme américaine, ni des cœurs du monde libre. Ce soir, je traversais le quartier de Ginza à Tokyo. Les foules nippones pléthoriques poursuivaient leur quotidien, mais leur regard était porté sur les écrans géants qui animaient les tours.
Barack Obama apparaissait, serein et glorieux, après sa victoire sur l’Histoire et comment ne pas pleurer de joie devant ce retour inespéré de l’idéal, de cette improbable possible que nous a toujours offert l’Amérique. Les Etats-Unis ont le talent des révolutions sourdes, d’autant plus efficaces et exemplaires qu’elles sont pacifiques et si joyeuses.
Personne, personne ne pouvait imaginer qu’un Noir métis, et sa femme Afro Américaine arriveraient si tôt à la Maison Blanche quand, moins de quarante ans auparavant, certains Etats ne leur auraient pas laissé un coin de banc public. Les larmes versées par Jesse Jackson après tant de combats, en étaient la preuve la plus sincère.
Plus encore, ce n’est pas seulement un Noir qui a remporté l’élection américaine, c’est un pauvre, un homme qui s’est fait tout seul, soutenu par sa famille, qui a épousé une jeune femme tout aussi brillante et méritante, issue du ghetto de SouthSide à Chicago.
Rien de tel ne s’est déjà produit en Europe, jamais. Et rien de tel n’y semble possible.
Nous pouvons bien moquer et mépriser les Etats-Unis, nous n’avons pas, sur bien des plans appliqué, comme ils ont su le faire, les idéaux qui fondent notre civilisation.
Le 5 novembre 2008, nous sommes redevenus Américains, unis par victoire d’un rêve.
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