L’Amérique de Barack Obama
Et Barack gagna…
Bientôt trois semaines déjà que le peuple américain a choisi de porter Barack Obama à la tête de leur nation. J’ai préféré patienter avant de coucher par écrit ce que je pouvais penser de cette élection, en prenant le temps de collecter et de lire les données et les analyses, et surtout d’attendre que la joie, qui est bien peu propice à la réflexion, se calme un petit peu.
Cette élection, on l’a suffisamment dit, fut historique, voire révolutionnaire, non seulement par le fait qu’elle ait porté un Noir à la tête du plus puissant des pays, mais parce qu’elle a montré a bien des égards que les Etats-Unis, à l’image du monde qu’il domine encore, se trouvait à un tournant décisif de son Histoire, à la fin non pas d’un seul cycle, mais de plusieurs périodes qui sont toutes en train de s’achever les unes après les autres.
Ce n’est pas seulement un homme, ou une nouvelle génération qui doit redonner un peu de vigueur à Washington pour réagir à un monde connu, mais une équipe solide et inspirée qui devra innover face à un monde nouveau, qui se construit à une vitesse folle et imprévue sous nos yeux largement ébahis, mais tout aussi préparés.
La campagne Démocrate répondait en tous points à cette nécessité de révolutionner les projets politiques actuels. Barack Obama et son équipe avaient compris qu’il fallait enfin adopter des idées transformées et mises à jour non seulement des Etats-Unis, par une vision post raciale et post reaganienne, mais aussi du monde, au moyen d’une conception enfin globale, prenant en compte l’ensemble des conséquences de la multi polarisation et des nécessités écologiques qui font tomber la pertinence des modèles économiques et politiques actuels, déjà largement dépassés.
Bien entendu, cette vision rénovée n’est pas la raison principale pour laquelle Barack Obama a remporté ces scrutins. Les Démocrates ont avant tout gagné parce qu’ils ont su jouer sur l’effet de lassitude unanime des Américains envers les Républicains et apporter des solutions pertinentes et/ou populistes à la crise économique actuelle. Mais le petit pragmatisme électoraliste n’empêche pas, bien au contraire, les grandes visions, et nul doute que si nombre d’Américains ont glissé un bulletin pour des raisons intéressées et immédiates, beaucoup d’autres avaient aussi en tête qu’ils franchissaient un pas décisif.
Voila en fait, la pertinence inédite qui a animé la stratégie de Barack Obama : les forces exceptionnelles du changement et de l’intelligence ont su se conjuguer aux permanences solides de l’art politique et des nécessités. Fragile et périlleux équilibre qui doit bannir les utopies naïves et illusoires et se défendre des tentations de gestion à la petite semaine auxquelles ont trop souvent cédé les politiques depuis quelques décades.
On peut bien ricaner devant les affres et les rêves de la politique en se confortant dans une petite vision cynique et pitoyable de l’Humanité, mais force est de constater, une fois encore, que les promesses les plus improbables de l’avenir se réalisent toujours plus vite que prévues.
Voici les trois moments à mes yeux qui ont révélé la nouvelle Amérique à elle même et au monde, et un peu du monde à l’Amérique. Ces trois moments, le déroulement de la campagne, les résultats et les perspectives dressées par Obama depuis son élection, permettent à mon sens de comprendre ces deux années passées et les mandats à venir.
La campagne, un combat inédit, des forces inouïes, de sublimes permanences politiques…
Passée l’euphorie légitime et au combien justifiée de l’élection de Barack Obama, je voudrais maintenant revenir sur la formidable campagne que nous avons vécue par procuration et qui datera, non pas seulement pour l’Histoire, mais également pour la philosophie et la stratégie politiques qui, par delà les révolutions formelles, voient leurs fondamentaux confirmés.
Je tiens tout d’abord à éclaircir deux points sur mes petites opinions passées, qui, aux vues de certaines réactions et commentaires, ont été mal exprimées ou mal comprises.
Non, je n’avais pas « prévu » l’élection de John McCain, et oui j’étais on ne peut plus favorable, après avoir soutenu Clinton, à Barack Obama. D’une part, je n’aurai jamais la prétention de « prévoir » le résultat d’un scrutin démocratique, et d’autre part, les seules certitudes personnelles que j’avais avancées depuis le début des Primaires était la prédominance écrasante qu’occuperait l’économie dans les débats, évidente aujourd’hui, moins il y a deux ans quand on ne parlait que d’Irak, ainsi que la mort annoncée du Reaganisme, qui lui est liée. Sur ces deux points, qui relèvent de l’analyse et non de la devinette sondagière vaniteuse, je n’avais pas totalement tort.
Deux ans de campagne, près d’un milliard de dollars engagés, des foules de militants mobilisés, une participation inégalée, le rôle rénové des medias… Jamais des élections n’auront apporté autant de changements. Des changements qui bien entendu ne doivent rien au hasard et trouvent leur source dans les Primaires, qui ont acquis un statut tout à fait exceptionnel, et ont largement donné le ton de ce que serait la campagne qu’elles introduisaient.
Surprenantes primaires…
Pour la première fois depuis très longtemps (toujours ?), l’élection américaine devait opposer deux candidats qui n’avaient aucun lien avec la précédente administration. Ni le président, ni le vice président n’était candidat. A priori, cela n’a rien de bien extraordinaire, mais cet élément initial a en fait bouleversé la campagne : tout était ouvert, rien n’était décidé, tout pouvait arriver. Surtout, des Primaires réelles allaient se tenir dans les deux camps, leur donnant de fait une portée d’autant plus importante : les deux partis allaient faire campagne parallèlement pour la première fois, et les détails croustillants et les rebondissements seraient multipliés, gages d’une couverture médiatique optimale !
Bien entendu, nos amis journalistes avaient déjà trouvé les candidats qui s’affronteraient en 2008, et refusaient tout à fait que cette campagne puisse s’ouvrir dans l’inconnu. Hillary Clinton devait affronter Rudy Giulanni, l’ancien maire de New York, à la rigueur Mitt Romney, gouverneur du Massachusetts. J’invite quiconque à ouvrir un journal de cette époque : c’était écrit, c’était annoncé unanimement. Les deux protagonistes en étaient d’ailleurs persuadés, et se sont gaiement jetés dans la plus élémentaire faute politique : la vanité.
Cependant, il ne faut pas faire preuve de mauvaise foi, et l’erreur de Clinton fut bien différente de celle de Giulanni. En effet le « maire des Etats-Unis » pensait que l’élection se jouerait sur l’un des thèmes majeurs de 2004, a savoir la sécurité nationale contre le terrorisme, et celui-ci réussissait à parler du 11 septembre quand on l’interrogeait sur l’immigration et les problèmes de l’assurance santé… Pour faire vite, il était à coté de la plaque, et son statut de héros national ne pouvait effacer son manque criant de pertinence, ainsi que ses mœurs « libérales » difficiles à imposer au parti de la droite religieuse. En fait, Giulanni se trouvait dans la même situation que McCain en 2000, en étant beaucoup trop centriste pour plaire à la base du parti, et trop inconsistant pour séduire les Indépendants !
La faute de Clinton était bien différente puisque son diagnostic économique et social, ainsi que son positionnement sécuritaire, étaient tout à fait pertinents, bien plus en fait que celui d’Obama qui l’adoptera en grande partie pendant la campagne. Mais son erreur était justement là ! Parfaitement adapté pour la campagne nationale, le discours de Clinton ne correspondait pas du tout aux nécessités partisanes des Primaires, qui réclament un discours excessif promis à l’effacement après l’investiture du parti.
Toute assurée de remporter haut la main les Primaires, Clinton avait déjà commencé la campagne de la présidentielle. Le retour à la réalité fut on ne peut plus violent : troisième lors du premier caucus dans l’Iowa, une claque, une humiliation, une preuve surtout, qu’on peut encore beaucoup apprendre après trente ans de carrière politique même (surtout ?) quand on est l’un des esprits les plus affutés de sa génération.
Clinton n’avait pas vu venir Obama, personne ne l’avait vu, et ceux qui le soutenaient depuis le début reconnaissent volontiers qu’ils s’engageaient alors plus par volontarisme et optimisme qu’autre chose. Sans doute le préjugé racial a beaucoup joué dans mon erreur. Je reconnais avec honte, mais honnêteté, que connaissant le sénateur, ses dons d’orateur et son intelligence prodigieuse depuis son discours en 2004, je pensais cependant que les Américains seraient incapables de choisir un Noir comme président, non pas par racisme, mais parce que je sous estimais totalement la capacité de Barack Obama à réussir à se placer lui-même en dehors de ses propres origines, de réussir, en un mot, son positionnement post racial, son coup de force et de génie.
Par ailleurs, je n’aimais pas le candidat des Primaires Obama, et mes doutes d’alors restent encore très présents alors que va s’ouvrir son mandat même s’il semble avoir lui-même, preuve magistrale de sa formidable stature d’homme d’Etat et d’intellectuel, avoir conscience de ses faiblesses au regard des nominations qu’il entend effectuer. Je redoutais ses envolés lyriques et messianiques perpétuelles, son manque criant de propositions concrètes, ses erreurs manifestes en politique étrangère, son élitisme dangereux, son incapacité à comprendre les nécessités quotidiennes, son passé sujet aux polémiques.
En fait, j’appréciais Barack Obama mais je méfiais du candidat des Primaires et l’estimais beaucoup moins capable qu’Hillary Clinton de battre John McCain.
Mais Barack Obama avait préparé avec une maestria insoupçonnée ces Primaires, avec un sens politicien infiniment plus acerbe que Clinton, montrant finalement que les divagations sur son inexpérience et sa jeunesse n’étaient que des fables illusoires.
Les Primaires sont un système extrêmement complexe à comprendre, qui nécessite une organisation exemplaire et d’énormes moyens, financiers bien sur, mais surtout humains. Il s’agit moins souvent de convaincre la masse des citoyens que des militants et sympathisants assez engagés, que vous serez surs de voir voter.
Premier paradoxe d’une campagne qui en recèle tant, Barack Obama, le candidat du changement et de la rénovation, a remporté les primaires en se basant systématiquement sur toutes les failles politiques possibles et imaginables qui lui offraient l’organisation du Parti Démocrate, et sur les processus les plus arriérés des partis américains : les caucus !
Obama fait partie de ces hommes politiques qui arrivent à prétendre à la rupture avec les élites dirigeantes, « en l’occurrence « Washington », tout en utilisant en fait les instruments que celles-ci ont mis en place pour faire des magouilles. Loin de mettre en avant le vote populaire sur les règles politiciennes du parti, il a constamment usé de ces dernières contre Hillary Clinton qui, au bout du compte a failli s’opposer au parti, à ses hiérarques et à ses exigences idiotes !
Je le rappelle une bonne fois pour toutes, Barack Obama a gagné les Primaires grâce à des méthodes bien peu dignes de son prétendu programme rénovateur. Je ne lui en veux pas, c’est de bonne guerre face à la force du consensus qu’il a brisé, mais il faut juste remettre les choses à leur place : Clinton a gagné le vote populaire avec 18 046 007 votes contre 17 869 542 ; Obama a gagné en délégués. Il a fait ce que Bush a fait à Al Gore…
Pour arriver à cette situation abracadabrantesque, Obama a joué sur toutes les erreurs stupides faites par sa rivale. En 2007, le Parti Démocrate réforme son système de désignation… L’attribution des délégués ne suivra plus les règles de l’élection présidentielle, celle du Winner Takes All qui attribue l’ensemble des délégués de l’Etat au candidat arrivé en tête. Désormais, ils seront répartis à la proportionnelle, une aberration.
Clinton ne voit pas du tout le danger l’époque, car elle ne voit pas Obama émerger. Pourtant ce changement remet en cause toute la stratégie d’Hillary qui consiste à remporter l’investiture dès le Super Tuesday, ce qui n’est alors juste plus possible : la course devra durer jusqu’à la fin ! Et pour son malheur ! Si la règle du Winner Takes All avait été maintenue, à l’image de l’élection nationale, Hillary aurait eu 1881 délégués contre…1528 pour Barack !
Deuxième erreur de Clinton, celle qui l’a amenée à accepter la mise à l’écart des votes du Michigan et de la Floride pour des raisons purement formelles de calendrier… Cette exclusion était tellement ridicule que Barack Obama l’annulera une fois que sa rivale abandonna !
Enfin, et contrairement à ce qu’on a pu dire, jamais le Parti Démocrate n’a comploté contre Obama. Si la dynastie Clinton a de nombreux partisans au sein du parti, elle y a encore plus d’ennemis, et non des moindres –les Kennedy, John Kerry, John Edwards… En effet, il n’y a rien à gagner de la victoire dune femme qui a déjà ses chouchous et son clan restreint, alors qu’il y a tout à saisir chez un « bleu » ! Je tiens d’ailleurs à rappeler que les autres candidats à l’investiture, dont, comme par hasard, Joe Biden, se sont tous désistés en faveur de Barack Obama… On a connu complot plus offensif !
Bien entendu, il ne sert à rien de chercher à refaire les Primaires, mais j’essaie juste de montrer que contrairement à l’image niaise d’outsider désintéressé qu’essaie d’imposer Barack Obama, ce sont tout autant les règles politicardes que les votes populaires, qui ont porté Barack Obama à l’investiture démocrate. Les medias ont beaucoup insisté sur les foules jeunes et transcommunautaires qui auraient donné sans conteste la victoire à Obama. C’est oublier que, silencieux et largement passifs, les électorats clintonniens étaient tout aussi nombreux, plus nombreux en fin de compte. En fait, Clinton n’a pas su gérer l’ingérable, à savoir l’extraordinaire dynamique qui a saisi une grande partie de la jeunesse américaine en faveur de Barack Obama, qui lui a assuré une hégémonie virtuelle et des ressources financières inouïes, continuelles surtout. Si Hillary a réussi à suivre le rythme dispendieux effréné de son adversaire, c’est en contractant de nombreuses dettes.
Il ne faut d’ailleurs pas négliger le rôle des medias dans l’issue de la précampagne. Ceux ci ont été continuellement en faveur de Barack Obama, et jusqu’en septembre dernier. Une fois encore, je ne lui jette pas la pierre, séduire les médias est l’un des buts essentiels de toute campagne, Hillary n’avait qu’à le faire, même si la position de favori est toujours difficile à tenir, surtout quand on est une dinde tête à claque donneuse de leçon.
Le dernier point que je voulais développer sur la stratégie déployée par l’équipe de Barack Obama, est sans conteste le plus important, car il montre le rôle des règles politiciennes tout en mettant en lumière les capacités admirables d’organisation du sénateur de l’Illinois : le système des caucus.
Il existe aux Etats Unis différents systèmes de votes pour désigner le candidat d’un parti. Le plus connu et le plus légitime, est la primaire, vote simple en faveur d’un des candidats. Le scrutin peut alors être ouvert à tous, ou réservé aux seuls citoyens inscrits sur les listes électorales en tant que membre d’un parti.
Ensuite, vous avez les caucus, grandes réunions abracadabrantesques proches d’une kermesse champêtre où l’on vote en s’agglomérant aux partisans de tel ou tel candidats, avec des mouvements de foules parfois propices à l’intimidation… Longs, pénibles, laborieux, ces caucus n’attirent que les militants les plus zélés et les plus « engagés ». Et il n’y avait pas plus engagés que les militants d’Obama ! A chaque élection, aux vues des irrégularités diverses et variées, on parle de la suppression légitime des caucus, suppression vite remise au placard par les hiérarques locaux, trop contents de garder la main sur le déroulement de ces institutions…
Las, Obama a su tirer un profit maximum des caucus, en en remportant, je crois, douze sur treize ! Meilleure illustration de cette tactique gagnante, Hillary Clinton qui avait remporté les primaires du Texas, perdit les caucus qui se tenaient juste après dans ce même Etat qui cultive cette petite exception ! Finalement, Obama a gagné le Texas avec 47% des voix contre 51% pour Clinton !
La situation fut tout à fait différente pour le parti républicain. J’avais déjà longuement expliqué ce que j’avais pensé des Primaires républicaines, mais je vais y revenir rapidement.
Si Rudolph Giulanni partait largement favori de la course à l’investiture républicaine, celle-ci demeurait a priori plus ouverte car elle reposait sur des données différentes. En effet, quand les militants Démocrates représentent majoritairement un ensemble relativement homogène, au du moins, pas trop hétérogène, les candidats Républicains étaient vite amenés à se partager les voix des différentes strates de la « coalition reaganienne ». Aucun des candidats n’étaient un rassembleur, ou plutôt, chaque clan avait son champion, si ce n’est ses champions !
Mitt Romney pour la droite d’affaire, Fred Thompson et Mike Huckabee pour les intégristes, John McCain et Rudy Giulanni pour les nationalistes, les modérés et les néo conservateurs, Ron Paul pour les libertaires. Personne n’avait vu venir McCain, les journaleux n’en parlaient qu’à peine. Pourtant, dans une période de crise et de fragmentation de la base sympathisante, seul un candidat modéré pouvait s’assurer un avantage relatif grâce à l’apport décisif des indépendants, qui ont voté en masse pour ces primaires, avec 21 millions d’électeurs.
Cependant, par delà le calme de ces Primaires Républicains, durant lesquelles les candidats se sont vite retirés, les thèmes de campagne ont été riches d’enseignement. En choisissant John McCain, les sympathisants Républicains et les indépendants, plus que la base du parti, montraient que les valeurs morales, qui avaient fait le bonheur de George W. Bush en 2004, ne serait plus du tout l’enjeu de cette campagne. Le reaganisme était mort, le candidat le plus opposé aux politiques républicaines menées depuis 20 ans avait été choisies ! On a totalement sous estimé le coup de force qu’a représenté le choix de Mc Cain, les gens ayant été abusés par son âge. Sans aucun doute, McCain incarnait une rupture très différente mais tout aussi forte pour le microcosme républicain qu’un Barack Obama pour le pays. John McCain haïssait au moins 90% du parti républicain, il avait failli être le colistier de John Kerry en 2004, il s’était opposé à George Bush sur les plus importantes de ses lois, il n’était en rien l’héritier de l’administration sortante même sil se laissera prendre dans ses pièges.
La candidature du sénateur de l’Arizona, très populaire dans tout le pays, bouleversait complètement la donne de l’élection présidentielle. L’élection de novembre 2008, jusqu’ici considérée comme celle que les Démocrates ne pouvaient perdre, redevenait ouverte. De fait, toute la stratégie du parti d’opposition, qui consistait à écraser les candidats Républicains avec l’héritage mortifère du président le plus impopulaire de l’Histoire des Etats-Unis, se trouvait court-circuiter : les Américains n’identifieront jamais McCain à l’administration sortante. Jusqu’au 4 novembre, McCain sera avant tout perçu comme un « Maverick » patriote.
Par ailleurs, l’autre force de cette candidature inattendu était de mettre au centre du débat d’autre thématiques moins favorables aux Démocrates, comme la question de l’immigration dont McCain était un spécialiste averti et pertinent. Son incapacité à mettre ce sujet en avant sera son grand échec.
Ainsi on le voit, les Primaires mettaient en place nombre d’éléments décisifs de la campagne. Elles prouvaient surtout que les Américains étaient prêts à s’investir à fonds pour qu’un changement important se réalise : 60 millions de citoyens avaient participé à cette précampagne, soit presque de la moitié de ceux qui voteraient finalement le 4 novembre , des centaines de millions de dollars déjà donnés et dépensés, des attentes nombreuses exprimées de toutes parts dans les réunions, les meetings, les blogs. Rajouter une violente crise économique à venir, et cette aspiration diffuse au changement se conjugue à la plus prosaïque des nécessités, cocktail on ne peut plus favorable aux choix décisifs !
La Campagne des Diktats !
J’avas longuement évoqué les deux conventions des partis, deux grands succès respectifs. Barack Obama et John McCain réussirent tous deux à se révéler en hommes d’Etat et en rassembleurs. Hillary Clinton avait enfin mis de coté ses ressentiments légitimes, et rallié avec panache son ancien adversaire qui cependant mettra un peu de temps à lui « pardonner » tandis que Sarah Palin permettait à McCain de conquérir et de mobilier la base du parti .
Je vais revenir assez longuement sur le cas Palin qui je crois a été très mal compris en France, et mal commenté. Je ne crois pas du tout, pas une seconde, que Sarah Palin ait été un mauvais choix réalisé par McCain. Bien sur, cette femme était tout à fait insupportable, inculte et incapable, mais elle était parfaitement adaptée à la situation !
On sait très bien que John MCCain voulait nommer son ami Joe Libermann, un ancien d
Démocrate, devenu indépendant pour des raisons tout autant politiciennes que politiques. Esprit brillant et libéral, haï par la base Républicaine que McCain avait déjà du mal à séduire.
Il faut voir comment au contraire, McCain a su relever un défi d’une incroyable complexité. Il DEVAIT choisir un représentant de la droite populiste et chrétienne, non parce qu’il le voulait, mais parce qu’il ne pouvait pas gagner sans eux et leur argent.
McCain a très bien compris que cette élection pour une fois, ne se jouerait ni au centre ni à droite ni a gauche, mais sur tous les fronts ! Les Etats pivots ne seraient gagnés que par une mobilisation conjointe de la base et des modérés. Or si McCain, centriste musclé, pouvait faire déplacer les hommes blancs modérés des classes moyennes –et il le fera-, il laissait de marbre les hystériques protestants et surtout leur argent.
Face à un Barack Obama richissime, McCain faisait pale figure, et je rappelle que contrairement aux Démocrates, les Républicains n’ont pas eu les moyens de faire campagne dans tous les Etats ! Une première pour un parti qui d’habitude écrase par ses moyens financiers ses adversaires.
Par ailleurs, Palin était de loin le moins pire des choix possibles. Complètement inculte et incapable, elle n’en reste pas moins une bonne fille, pas méchante, très loin des discours haineux et vraiment dangereux des représentants de la Bible Belt, oscillant entre l’intégrisme et le ségrégationnisme. Surtout, elle ne risquait pas de faire ombrage, une fois élue, à l’administration bipartisane que McCain voulait mettre ne place. Il ne fait pas être naïf sur les intentions du sénateur, et Palin elle même ne l’était pas, d’où ses accès de colère récurrent: une fois élu, McCain qui savait bien qu’il dirigerait une administration bipartisane centriste, voulait la mettre au placard, point. Palin était une sympathique marionnette de campagne, rien de plus.
Alors bien sur, elle prit quelques libertés –et son envol-, mais elle n’a pas réellement porté préjudice à McCain dans son électorat. Ce ne sont pas les beaux esprits européens de la Nouvelle Angleterre qui allaient voter Républicain. D’ailleurs, Palin conserve une excellente côte de popularité chez les électeurs des classes moyennes indépendants, notamment en Ohio, Indiana, Pennsylvanie… La gouverneur de l’Alaska fait à ce propos la tournée des médias depuis son échec, et on l’attend sur le plateau d’Oprah Winfrey ! Le problème n’était donc pas là, et comme Sarah Palin le dit très bien elle même, le rôle de Bouc émissaire qu’essaie de lui refiler les conseillers merdiques de John McCain est bien trop large pour elle.
La vraie erreur de McCain fut bien plus grave. Ce fut son manque de jugement, de réactivité et de créativité face aux affres de l’économie. Dans un imbroglio politique totalement incompréhensible, le sénateur de l’Arizona en est venu à être pris au piège d’une politique économique et financière passée à laquelle il n’avait été que modérément favorable, à l’image, par exemple, de 99,99% des Démocrates…
C’est la crise qui a scellé le destin de l’élection. Rien d’autre. Qu’on s’entende bien sur mon propos. Il na s’agit pas de dire que seul cet élément a amené Barack Obama au pouvoir, mais que c’est bien ce séisme qui a fait basculer les choses, de façon irrémédiable.
Rappelons un peu les faits. Avant la crise financière, la convention du parti Républicain a mis sur orbite John McCain qui non seulement double Obama dans les intentions de vote national mais, beaucoup plus grave, engrange de très bons scores dans les Etat pivots de Floride, de l’Ohio, de l‘Indiana, du Michigan. A ce moment la, rien n’est joué, c’est le moins qu’on puisse dire.
Joe Biden accumule les gaffes et semble totalement invisible face à la médiatique bêtise glamour de Sarah Palin et son populisme matriarcale impeccable. Barack Obama apparait détaché du peuple, à la masse. Surtout, il se conforte dans une position de favori, celle la même, très dangereuse, qui a perdu Hillary… Il répète à qui veut l’entendre qu’il est sûr de gagner, alors que rien ne devient pourtant moins évident. Englué dans ses certitudes messianiques, il n’a fait aucun geste envers Hillary Clinton et ses électeurs, par vanité.
Plus grave encore, il n’a pas su affronter la crise géorgienne, montrant un certain dilettantisme et surtout des défaillances dans sa vision (qui change tous les jours…) : comment proposer une conciliation avec la Russie quand celle-ci adopte des positions on ne peut plus bellicistes. Bref, on ne comprend rien, et Joe Biden, la « caution expérience » joue aux abonnés absents, ou se perd dans des discours pénibles dans lesquels il passe dix minutes à dire qu’il adore John McCain ou qu’Hillary Clinton aurait été un meilleur choix pour la Vice Présidence… Armé de son sourire mega-bright, il demeure par ailleurs tout à fait préoccupé par sa propre petite réélection dans le Delaware, dont il est le sénateur depuis 1973…
A ce moment là, Barack Obama a toutes les peines du monde à passer d’un public militant et sympathisant à une nation entière. Il brille par ses talents oratoires et ses incantations sincères au rêve américain et aux grands principes démocratiques, mais il est encore incapable d’y articuler pertinemment des mesures concrètes, voire nécessairement un brin populistes pour séduire et rassurer les gens… Contrairement à John McCain, qui fait de petites promesses sures, qui prolongent des articles de foi simples mais apaisants sur un Etat humble et actif, un leader réconfortant, dont la force leur est tout autant familière que son originalité est modérée.
A la fin di mois d’aout, John McCain apparait comme un Héros vieillot mais robuste, une force tranquille en quelque sorte, quand Obama, avec ses rêves toujours plus ambitieux et ses promesses toujours plus fortes, semble une option risquée ou du moins aventureuse. Les Américains sont alors déprimés, mais ils ne sont pas perdus, ils n’ont pas besoin d’un changement apparemment si radical.
Bien entendu, ce seront les Démocrates qui gagneront, au Sénat, dans les Chambres, mais pourquoi ne pas équilibrer le tout par un gentil centriste patriote rassurant qui en plus, ne fera qu’un mandat. John McCain a le vent en poupe, il parait totalement désintéressé, ce qu’il est, prêt à mettre le « pays avant tout ».
Il trouve les formules qui font mouche envers ces « pays qui ne nous aiment pas beaucoup », en faveur de ce pétrole si abondant sur les terres américaines qui n’attend qu’un mot, « Drill, baby Drill » pour redonner son indépendant à la nation. Et puis, il y les impôts, la botte secrète la plus malhonnête et ridicule des Républicains, toujours efficace contre les Démocrates.
Las, à partir du 1er septembre, les courbes s’inversent nettement en faveur du sénateur de l’Arizona, et surtout, une fois encore, tous les Eta pivots s’attachent durablement à sa personne. John McCain semble en position de remporter le scrutin présidentiel, en ayant renversé la fameuse « dynamique ».
Mais la crise financière explose, et dès lors l’économie devient, pour 90% des Américains, la seule et unique priorité. L’Irak, l’immigration, les relations internationales sont renvoyées aux calendes grecques et n’intéressent plus personne. Les classes moyennes, totalement surendettées, exigent des solutions concrètes pour leur prêt, leur emploi, leur système de santé. L’avantage tout relatif de John McCain (et non des Républicains, qui sont déjà au fonds du trou pour les élections générales) s’affaiblit en quelques jours, puis s’écroule violement début octobre.
De fait, si Barack Obama a eu du mal à saisir la perche de la crise financière, il ne l’a plus lâché après. Le sénateur de l’Illinois n’aime pas réagir à chaud, c’est le moins qu’on puisse dire, et cette prudence respectable pour un Homme d’Etat est mortifère pour un candidat. Je ne doute pas à ce moment là que ses conseillers ont enfin fait entendre raison au candidat qu’il fallait se mettre un peu à la place des électeurs s’il voulait gagner.
A ce moment précis, Barack Obama a alors réalisé un virage politique aussi radical que subtil : il a tout bonnement piqué le programme d’Hillary Clinton ! Alors qu’il avait, à juste titre d’ailleurs, raillé le populisme de sa concurrente new yorkaise pendant les primaires sur la gestion des hypothèques et de la portée du système de santé, Barack Obama va reprendre presque point par point ses propositions –il gardera plus de souplesse qu’elle sur l’assurance santé.
De même, il va « verrouiller » les contre offensives de McCain sur la diplomatie et l’énergie en prenant des positions hillaristes sur ces sujets. Bref, en récupérant les bons vieux principes de la troisième voie clintonnienne, il a contraint John McCain à s’enfermer dans l’économie, dernier sujet sur lequel ils ont encore de vraies divergences. Il suffit de regarder les débats télévisés qui suivront : Barack Obama parviendra grosso modo à se rallier à un consensus musclé sur la diplomatie et l’énergie, bien loin de ses positions initiales, tout en maximisant ses différences sur l’économie.
Je ne suis pas en train de décrire une magouille politique. Bien au contraire, je pense que Barack Obama s’est de lui même rendu compte de ses erreurs et de la situation. A la lumière de ses dernières décisions, dont nous reparlerons, il me semble évident que c’est un homme qui n’hésite pas à remettre en cause ses propres opinions quand il se plante.
Cette contre offensive, d’autant plus réussie par Obama qu’elle s’est réalisée dans un silence médiatique absolu, a totalement pris au dépourvu l’équipe de John McCain qui était déjà bouleversée par la soudaineté de la crise ! Bien entendu, George W. Bush, totalement à coté de la plaque, n’a même pas daigné transmettre à son successeur « légitime » quelques informations en avance. Cela en dit long sur les rapports entre les deux hommes, et le fossé idéologique qui les sépare.
John McCain aura été totalement incapable de réagir à la crise. A ce titre, je pense que le choc générationnel a pu jouer. Si le candidat Républicain avait compris les nouvelles nécessités contemporaines, notamment écologiques, il semble assez évident qu’il restait prisonnier, d’un certain nombre de certitudes économiques qui n’avaient plus cours. Pire encore, il n’a pas su tenir une position constante.
La première erreur du sénateur de l’Arizona, fut de stopper sa campagne du jour au lendemain pour aller à Washington, au Sénat, travailler sur la crise… Attitude brouillonne, dont les bonnes intentions ne pouvaient cacher une maladresse consternante, et surtout, une espèce d’improvisation peu adéquate pour un candidat qui prétend être on ne peut plus expérimenté… Cette décision sera d‘autant plus hasardeuse qu’elle ne durera que 24H, pas assez longue pour paraitre sacrificielle, et suffisamment courte pour être pathétique. Ajouter à cela qu’il a posé un lapin à un journaliste important en direct en prétendant se rendre au Sénat, alors qu’il se trouvait dix minutes plus tard sur un autre plateau, et que les images ont tourné en boucle sur les networks. Bref, un fiasco.
Fiasco d’autant plus pervers que John McCain n’a servi absolument à rien au Sénat. Nul en économie, il a été totalement dépassé par les événements, ne comprenant sans doute rien à ce qui se passait vraiment et surtout incapable de faire de lui-même des propositions en accord avec ses principes de small government.
D’abord critique sur le plan Paulson, il s’y est finalement rallié, avant de le re-critiquer, de se re-rallier. Bref, du grand n’importe quoi. Il aurait été infiniment plus significatif que McCain assume son programme conservateur, et prétende que le gouvernement devait laisser le marché assainir les banques tout en protégeant seulement les citoyens et en condamnant les coupables. Véritable girouette albinos, McCain n’avait plus aucune crédibilité en matière d’économie –je passe sur le fait qu’il l’ait lui-même confessé- et ce n’est pas Sarah Palin qui pouvait l’aider, elle qui venait de réaliser que l’ONU se trouvait à New York.
Les deux premiers débats furent de vrais calvaires pour le sénateur de l’Arizona, perdu dans des logorrhées indigestes sur des vagues principes conservateurs, récitées avec autant de foi que s’il lisait le Petit Livre Rouge, et qui parlaient peu aux classes moyennes incapables de payer leurs traites. Cette errance pitoyable eut pour paroxysme l’abandon de sa campagne dans le Michigan, symbole de la crise industrielle et bastion des « démocrates reaganiens ». A ce moment là, il s’avouait vaincu. Or, quel soldat peut prétendre renoncer à une bataille ?
Cette incapacité à répondre concrètement à l’urgence était d’autant plus dramatique que McCain avait cédé aux sirènes bushistes des attaques personnelles. De nombreux commentateurs ont souligné l’importance dramatique qu’ont pris certains conseillers imposés par les hiérarques Républicains en échange de fonds. On sait maintenant que McCain a bloqué un grand nombre d’attaques nauséabondes sur Obama, que Palin a eu moins de scrupule à sortir parfois. Je tiens à dire que la campagne de diffamation de McCain a été beaucoup moins brutale que celle qui avait opposé Clinton et Obama ! La première remuant des affaires vraiment douteuses –Jeremiah Wright- quand le second mentait éhonteusement sur le programme de sa concurrente.
Bref, McCain a plutôt respecté sa promesse de mener une campagne propre, mais pas assez. Pas assez pour la stature qu’il prétendait incarner. On ne peut pas être un héros rassembleur et cédé, même relativement, à la calomnie. Plusieurs fois, McCain a tenté de se rattraper. Il faut avoir en mémoire le sénateur, saisissant le micro d’une militante psychotique qui avait « peur « de Barack Obama, « un musulman ». Mais il n’a pas su tenir son équipe, et sans doute a-t-il plusieurs fois lui-même agréé, même s’il n’a personnellement rien dit de répréhensible.
Cette campagne négative, bien plus marquée chez les Républicains que chez les Démocrates n’ont fait qu’amplifier le sentiment de désert idéologique et politique de l’équipe de John McCain. Comme le disait Obama : « Il a parlé beaucoup de moi, mais bien trop peu de vous. »
Vint le troisième débat, et l’ultime tentative du sénateur de l’Arizona de revenir dans la course, avec une proposition absolument inédite de racheter tous les emprunts douteux des particuliers, tout en dénonçant les hausses d’impôts supposés de la future administration Obama. Joe le Plombier faisait son apparition, figure médiatique archétypale du meilleur et surtout du pire de l’Américain moyen, toujours prompt à débusquer le « socialisme » tapi dans l’ombre Démocrate…
Sans la crise et les erreurs passées de McCain, cette irruption impromptue de Joe aurait pu faire très mal à Obama, et lui a d’ailleurs fait perdre quelques points qui l’ont empêché de prendre le Missouri ou le Montana… Il faut dire qu’Obama avait fait une erreur de débutant en prononçant le mot « Spread »…Disperser ou répartir la richesse n’a jamais fait flores aux Etats-Unis.
Je voudrais cependant conclure cette analyse de la campagne par une opinion totalement personnelle et largement ressentie. A la lumière de certaines déclarations, attitudes et même regards de John McCain, et surtout de son discours de défaite, le plus digne qu’on ait jamais entendu, j’y reviendrai, je n’arrive pas à me départir de l’idée que le sénateur avait depuis longtemps accepté sa défaite. Je suis intimement persuadé qu’il a vite compris, après la crise et la pression conservatrice continuelle que le parti Républicain exerçait sur lui, qu’il ne pourrait pas gouverner, et que les Républicains n’étaient plus à même de gouverner avec lui. Il n’y avait plus aucune conviction dans les propos de McCain à partir de l’imbroglio de la crise, si ce n‘est pour défendre Obama contre les attaques les plus perfides de son camps.
En fait, je suis persuadé, et seul le sénateur pourra nous le dire un jour, qu’il avait vite compris que Barack Obama était une bonne chose, une très bonne chose pour l’Amérique. A partir du moment où vous acceptez que votre adversaire gagne parce que le sens de l‘Histoire impose ce changement, et que vous comprenez que celui-ci est apte à l’assumer, vous vous inclinez, pour peu que vous soyez un Homme d’Etat. Et comment ne pas avoir perçu la maturation politique phénoménale de Barack Obama pendant cette campagne. Il y a eu le moment où Barack, pour McCain n’était que « celui la », puis celui qui face aux injures républicaines devenait « un bon président »…
Les résultats
Les médias du monde entier, ou presque, ont célébré avec enthousiasme la victoire de Barack Obama. Trop peut être, et pour de mauvaises raisons sans doute. Cependant, les moments de concorde mondiale sont suffisamment rares pour être appréciées et mon coté ronchon donneur de leçon pouvait bien se taire.
Cependant, si la victoire de Barack Obama est magnifique a bien des égards, elle ne fut ni un raz de marrée ni un bouleversement des règles politiques locales et nationales. Si l’élection de Barack Obama va faire changer l’Amérique, cette dernière reste encore fidele à ses conservatismes.
Une fois encore, je tiens à dire que les sondages, contrairement à ce qu’on peut déblatérer à longueur de temps, ont bien fait leur travail. Le problème des sondages relève juste de leur interprétation, mais, eux-mêmes demeurent toujours pertinents. Il faut simplement apprendre à les lire…
Passons. Le 4 novembre, tout s’est finalement déroulé plus ou moins comme prévu, ce qui est en soi une surprise, et chacun a remporté les Etats annoncés par les sondages. Obama a cependant eu de belles victoires, en Caroline du Nord, en Indiana, en Virginie, Etats depuis longtemps conservateurs quant à leur vote présidentiel. Il a manqué de peu le Missouri et le Montana, et même la Géorgie, qui auraient pu être de belles prises. Il ne faut cependant pas être trop gourmand, et apprécier la victoire telle qu’elle est. Il est par ailleurs bon que McCain n’est pas été humilié, il ne le méritait aucunement.
Ceci dit, par delà cette victoire franche, il faut voir que l’Amérique est souvent loin d’avoir voté en bloc, et que ce sont bien certains éléments bien définis de la population qui ont donné la victoire au Démocrate, avec parfois, souvent, des écarts importants, qui toutefois ne remettent pas en cause une certaine réconciliation des Américains, moins divisés culturellement et politiquement aujourd’hui qu’hier, autour de la candidature de Barack Obama.
Rappelons déjà les chiffres du scrutin présidentiel, le plus important, je reviendrai sur les autres ensuite.
Obama a donc remporté 28 Etats, avec 53% des voix, victoire d’autant plus nette, avec 8,5 millions de voix d’avance, que la participation , autour de 63% fut historiquement élevée même si elle reste déplorable et indigne d’une grande démocratie.
Barack Obama peut remercier les femmes, qui, lui ont offert la victoire : 56% contre seulement 49% des hommes ! Cette différence très importante entre les deux sexes s’explique essentiellement par le vote des hommes blancs, qui n’ont donné que 41% de leur voix à Barack Obama, contre 46% des femmes blanches. Cette différence sexuée a aussi pour raison les thèmes principaux de campagne, les femmes étant beaucoup plus sensibles à l’économie, au système de santé, à l’éducation quand leur mari s’entête sur le terrorisme. Les dames sont aussi beaucoup moins réceptives aux délires racistes, même si leur conservatisme moral a pu les amener à voter McCain.
D’une manière générale, l’élection de Barack Obama ne marque pas la fin du racisme aux Etats-Unis. A l’échelle nationale, seuls 43% des Blancs ont voté pour le sénateur de l’Illinois. Totalement imperceptible, ou en tout cas non interprétable dans les Etats de la Nouvelle Angleterre et de l’Ouest, le vote racial, a été particulièrement acerbe dans le Sud et le Midwest. En Alabama, 90% des Blancs ont voté McCain, contre 98% des Noirs pour Obama, dans les Etats voisins, les chiffres tournent souvent autour de 75% de part et d’autre. A noter cependant, que les chiffres fluctuent grandement selon les générations, signe de l’Histoire en marche, les jeunes Blancs, même dans les Etats arriérés ont été beaucoup moins sensibles au poison raciste que leurs ainés, totalement englués dans les mirages ségrégationnistes.
Il faut reconnaitre cependant, qu’il n’est pas facile de savoir si les gens ont voté McCain parce qu’ils ne voulaient pas d’un Noir, ou s’ils ont juste voté à leur habitude, pour un conservateur patriote.
En effet, près de 80% de la population a déclaré que la race n’avait pas joué dans leur choix, dont une écrasante majorité de l’électorat de Mc Cain. L’interprétation n’est donc pas facile, mais j’ai du mal à croire que les opinions politiques n’aient pas été guidées par des sentiments moins nobles. Il suffit de penser à Katrina…
Ceci dit, c’est chez Obama, pour des raisons bien sûr différentes, que la race a eu une importance décisives pour 6% des électeurs, contre 4% pour McCain. De fait, Obama a été élu grâce au soutien total des minorités. Des Noirs avec presque 95% des voix, mais aussi des Latinos (67%), des Juifs (78%), des Asiatiques (62%), des homos (70%).
Un changement notable est quand même venu des Etats ouvriers, dans lesquels on redoutait le plus, pour des raisons historiques et sociales, le rejet d’un candidat Démocrate Noir. La perte de points, entre le vote Démocrate local (sénateur, gouverneur, etc) et présidentiel, fut réel mais assez peu étendu (10 points dans le Michigan), ce qui montre soit une évolution des mentalités, soit le résultat des nécessités économiques. Pour ma part, j’opterai pour un pas décisif franchi avec l’aide de la nécessité !
Bonne nouvelle également, en votant, près de 50 % des Américains pensaient que les rapports interraciaux allaient s’améliorer au cours des prochaines années, contre seulement 10% qui pensaient que cela empirerait.
En revanche, le choc générationnel a été apparemment beaucoup plus important que prévu, même s’il est resté relatif. Tout d’abord, pour 40% des électeurs, l’âge du candidat était un facteur important, à la défaveur écrasante de McCain.
Ensuite, si les jeunes ont massivement voté pour Obama, les autres générations n’ont pas non plus suivi la tendance inverse. Ainsi, les Américains ont voté à 66% pour Obama entre 18 et 29 ans, à 54% entre 30 et 39 ans, à 50% entre 40 et 64 ans. Finalement, seuls les plus de 65 ans, avec 53%, ont donné l’avantage à McCain.
Bon point pour les Démocrates, Barack Obama a réussi à séduire les plus pauvres de ses concitoyens, une performance dont on doutait pendant longtemps. Les Américains les plus précaires, dont les revenus annuels sont inférieurs à 15 000 dollars ont voté à 75% pour Obama ! En dessous de 50 000 dollars, le chiffre oscille entre 55 et 60%. Les classes moyennes en revanche, sont plus partagées, mais il est à noter que la tranche « Joe le Plombier », a savoir les ménages dont le revenu est situé entre 100 000 et 200 000 dollars par an, ont donné trois points d’avance à McCain.
Les plus riches, ont donné six points d’avance à Obama, comme prévu.
Très lié au revenu, le niveau scolaire a influé de la même façon sur les votes, ce sont les moins instruits et les plus diplômés qui, à plus de 60% ont voté Obama. Un indicatif intéressant ceci, les Blancs qui n’ont pas suivi d’études supérieurs ont voté à 58% pour Mc Cain, contre 50% pour les Blancs ayant un diplôme universitaire.
Enfin, il n’y a pas eu de surprise à propos la répartition géographique des votes. Les 30% d’urbains ont voté à 63% pour Obama, les Banlieues (49%) lui ont donné une petite majorité mais les ruraux (21%) ont donné 8 points d’avance à McCain.
A la croisée de toutes les précédentes données (jeunes, pauvres, peu instruits), Obama a su séduire à 70% ceux qui votaient pour la première fois, signe incontestable qu’il incarnait le changement.
Au niveau de la mobilisation partisane, il n’y a pas eu de grands bouleversements, même si le report des sympathisants d’Hillary Clinton sur Barak Obama, a été plus important qu’anticipé, avec plus de 85%. Chaque camp a su motiver 90% de son électorat votant. Mc Cain a eu 78% du vote conservateur (34% de la population), et Obama 89% du vote Liberal (29% de la population), mais ce dernier a aussi remporté 52% du vote indépendant et 60% du vote modéré. Ces chiffres montrent l’échec des ambitions bipartisanes de chacun des candidats qui, d’une manière ou d’une autre, ont toujours dû convaincre leur camp avant toute chose, que cela leur plaise ou non.
Un élément particulièrement intéressant des sondages se rapporte au moment du choix du vote, même si cette information est laissée à la lecture subjective et douteuse de l’électeur… Il est déjà troublant de noter que 60% des Américains avaient leur choix avant l’été, à 52% en faveur d’Obama.
Les autres, ce sont décidés selon une tendance révélatrice du déroulement global de la campagne : ceux qui ont choisi leur candidat en septembre et en octobre, acmé de la crise financière, ont choisi Obama, ceux qui se sont fixés pendant les deux semaines précédant le scrutin, lors de la contre offensive Joe le Plombier ont préféré McCain, et ceux qui ont choisi le jour même ont préféré Obama ! Comment mieux résumer six mois de débats ?
Enfin, les derniers chiffres indiquent l’appréciation que les Américains ont eue de la campagne des deux candidats.
Il semble tout d’abord que les questions de personne n’aient pas été primordiales, ce qui irait dans le sens d’un vote a-racial.
Les électeurs auraient privilégié à 60% le programme sur le candidat. Cependant, ceux qui accordaient le plus d’importance à la personnalité ont plutôt voté McCain, dont le programme était de fait on ne peut plus confus !
Il n y’ a cependant jamais vraiment eu de conflit de personne. Les deux candidats étaient estimés capables de gouverner, leurs épouses étaient pareillement appréciées. Seuls Joe Biden et Sarah Palin, l’un et l’autre, ont soulevé quelques clivages forts, sans jamais être décisifs pour le vote. Seule exception, les gens qui considéraient le choix de Palin comme une donnée importante ont plutôt voté…pour elle !
En revanche, la personnalité d’Obama a été globalement plus appréciée que celle de McCain. Pour 57% des électeurs, Obama était proche de leurs préoccupations, contre seulement 36% pour McCain. Plus intéressant, seuls 49% des sondés estiment que McCain avait un « bon jugement » contre 56% pour Obama.
L’une des surprises du vote vient du fait que les électeurs étaient plus « inquiets » ou « effrayés » de l’élection de McCain que de celle d’Obama, ce qui montre l’échec de la campagne négative lancée contre ce dernier.
Les attaques de McCain ont d’ailleurs été vivement regrettées par les électeurs. 24% des Américains pensaient que McCain avait été le seul à attaquer personnellement Obama, Quand 10% partageait l’opinion contraire.
D’autres chiffres indiquent le degré d’efficacité des campagnes des candidats. Ainsi, près de 26% des électeurs ont été contactés par personnellement par un militant d’Obama contre seulement 15% pour McCain. A chaque fois, ce contact fut décisif pour le vote.
Mais le plus important a demeuré les programmes des candidats. Et systématiquement, Obama avait visé juste.
Tout d’abord, le contexte était unanimement défavorable au parti Républicain, et même si McCain n’était pas majoritairement associé à l’administration sortante, le climat n’a pu que jouer en sa défaveur. Avec 75% des Américains qui estimaient que le pays avait besoin d’un changement fort, et 85% qui estimaient que c’était Barack Obama qui incarnait le mieux cette rupture, l’élection était mal engagée pour McCain !
Par ailleurs, les priorités des Américains étaient clairement établies : l’économie (62%), l’Irak (10%), la santé (10%), le terrorisme (9%), l’Energie (7%°. Les solutions proposées par Obama ont été plébiscitées sur tous les sujets sauf le terrorisme. Il bénéficie de dix points d’avance sur l’économie, et de…vingt points sur l’Irak !
Plus encore, l’économie jouait un rôle majeur dans plus de 90% des votes, et à chaque fois, Obama a en tiré parti. Au contraire, la peur du terrorisme n’est évoquée que par un quart des électeurs.
Bref, on peut donc dire que la campagne d’Obama fut de loin la plus efficace, aussi bien par les thématiques abordées, les solutions proposées et les méthodes employées.
Derrière ces chiffres bien austères se cachent une radiographie pertinente de la société américaine. Celle ci n’a pas été bouleversée par l’émergence de Barack Obama, et elle a globalement voté comme les sondages le prévoyaient. On peut cependant se réjouir, justement, que l’effet Bradley que certains analystes attendaient, n’ait pas eu lieu.
L’analyse des sondages de sortie des urnes permet surtout de confirmer les grandes tendances qu’on avait pues observer pendant le déroulement de la campagne, et surtout, de noter que le rôle de la crise fut décisif. Il aurait été très difficile à John McCain de s’imposer quand l’économie, son point faible, écrasait toutes les autres préoccupations des électeurs !
Les Elections générales
Le scrutin présidentiel était le plus important et le plus attendu. Mais il n’était pas le seul. J’avais exprimé mon opinion sur ce sujet, et là encore, les sondages avaient donné une image réaliste des résultats.
Paradoxalement, les Américains ont renforcé un Congrès qu’ils avaient déjugé ! En effet, les Démocrates ont gagné de nombreux sièges alors que les électeurs à 73%, désavoué le Congrès sortant dominé par les même Démocrates ! En fait, le mépris envers George Bush déteignait sur le Congrès lui-même sans que les électeurs en veuillent réellement à ses membres, par ailleurs assez mal identifiés. En fait, les Américains méprisent les « élus de Washington » mais aiment bien leurs sénateurs et leurs Représentants à eux…
Avec vingt sièges de plus à la Chambre des Représentants et une majorité de 58 sénateurs (il manque deux sièges à pourvoir), le Parti Démocrate a acquis un pouvoir presque total sur Washington, ce qui lui permettra de secouer l’Amérique pour peu que ses élus le veuillent. En effet, si Obama incarne le changement, c’est beaucoup moins le cas des vieux barbons qui siègent au Senat depuis quarante ans comme Ted Kennedy et Robert Byrd, ou même trente comme…Joe Biden !
En tout cas, rien n’a changé dans les incohérences de la politique locale américaine… Les Etats les plus conservateurs comme la Louisiane ou le Montana ont élus plus de Démocrates que de Républicains, le Missouri, qu’Obama a échoué à conquérir, a choisi un gouverneur Démocrate, le Maine a gardé sa sénatrice Républicaine, celle qui se réclamait…d’Obama !
De même, l’élection d’un Noir à la Maison Blanche est loin d’avoir sonné le grand soir du progressisme mais plutôt la victoire du statu quo ; Dans l’ensemble des Etats qui proposaient des nouvelles réformes touchant aux mœurs –mariage homosexuel, adoption- celles-ci ont été refusées à de larges majorités, y compris en Californie, réputée très libérale. Comble de l’ironie, ce sont les électeurs de Barack Obama, les Noirs et les Latinos, qui ont bloqué ces propositions soutenues par leur champion ! En revanche, les remises en cause de précédentes avancés morales, comme le droit à l’avortement, ont elle aussi été rejetées. Pas d’avancées, pas de reculs, on attend Obama !
Perspectives
Le soir de la victoire d’Obama constitua à grand moment politique à bien des égards. Et le discours de John McCain y a grandement contribué.
En reconnaissant sa défaite, avec une joie non feinte pour le moment historique que connaissait son pays, le sénateur de l’Arizona, a confirmé que Barack Obama était amené à faire de grandes choses pour les Etats-Unis.
Le pays, se trouve véritablement à l’aune de changements extrêmement importants pour lui, et pour nous tous. Bien sur, il y la crise financière et économique, mais celle ci ne fait que révéler des problèmes beaucoup plus profonds, liés à l’échec de l’ensemble des idées reaganiennes, aussi bien sur les plans social, économique que diplomatique.
Les Etats-Unis sont rentrés dans une crise durable. Son industrie, son école, son système de santé, ses infrastructures et même son armée ne sont pas à la hauteur de la première puissance mondiale. Son discours diplomatique n’est pas du tout adapté à la multi polarisation croissante du monde, même si Condie Rice a fait tout ce qu’elle pouvait pour réorienter sagement les errances de G.W. et de sa clique néo conservatrice.
Disons le clairement, il faut presque tout revoir, tout réviser, tout recréer. Le pays est à la traine dans l’ensemble des indicateurs de l’OCDE : le niveau culturel et scolaire est lamentable, la violence de loin la plus forte, les inégalités les plus profondes. L’Etat qui s’était désengagé de tout ce qui touchait au bien commun, sous les mandats Républicains et Clintoniens, doit se réaffirmer avec sagesse et pertinence dans nombre de domaines. Il ne s’agit pas de revenir, comme trop le pensent aux politiques keynésiennes et interventionnistes du New Deal et de La Grande Société, toutes deux totalement dépassées. Il faut au contraire réinventer une nouvelle manière d’être efficace. L’Amérique en a les moyens, ne serait-ce que par sa capacité unique de mobilisation et la force de son optimisme essentiel et surtout, a des idées qui vont un peu plus loin que l’accroissement du déficit…
Barack Obama a annoncé de vastes mesures de relance publique, dont un plan estimé à plus de 700 milliards de dollars. Mais il ne s’agira pas de distribuer de l’argent au petit bonheur la chance, comme savent si bien le faire les Européens, en espérant que ca ira mieux une fois que les caisses seront vides. Barack Obama veut investir dans l’avenir, comme ont su le faire les Japonais par exemple. Le pan écologique de son action, touchant aussi bien à l’indépendance énergétique qu’a la rénovation industrielle, mettra peut être la puce à l’oreille de l’Europe…En tout cas, elle rénovera enfin des outils et des modèles économiques devenus totalement obsolètes, et dangereux.
Il est intéressant de voir comment Barack Obama est en train de constituer son équipe. Le style tout d’abord, est parfait. Calme, posé, Barack montre qu’il prend le temps de faire le bon choix –et surtout d’enquêter extrêmement attentivement sur les postulants !- tout en parvenant à imposer immédiatement une image d’Homme d’Etat responsable.
De la même façon qu’il a refusé de doubler George Bush ou de contester les décisions d’un homme qui n’a plus aucune autorité mais conserve toute sa légitimité, il a débouté tous les chefs d’Etat, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy, qui brulaient de le rencontrer au plus vite après le G20 de Washington, auquel il n’a finalement pas assisté –tout en envoyant une personne de confiance, Madeleine Albright.
Il n’y a qu’un président à la fois. Attitude humble, rassembleuse qui tranchait avec l’enthousiasme débridée -et légitime !- de ses sympathisants dès le 4 novembre. Obama n’a jamais perdu le réalisme et le pragmatisme que lui a conférés la campagne. Le candidat illuminé des Primaires est loin, très loin. L’idéaliste de Chicago en revanche, anime toujours ses pensées profondes, ce qui sera le gage, je pense, de toute la force de son action : il n’y a rien de plus révolutionnaires que de grandes idées servies par le plus efficace des pragmatismes.
Bien entendu, il garde ses proches, ceux qui l’ont porté au pouvoir, auprès de lui. Ils iront dans son cabinet. Mais il sait bien qu’il doit réaliser un savant dosage de compétence et de changement pour former son administration.
Force est d’admettre qu’il réalise pour le moment un sans-faute. Que ce soit la rencontre avec McCain, promesse d’une collaboration bipartisane possible, le maintien probable de Robert Gates à la Défense ou l’appel à des personnalités démocrates historiques ou novatrices, Barack Obama est en train de réussir son premier pari.
Je ne vais pas reprendre tous les membres annoncés de la future administration. Mais il suffit de constater l’équilibre adéquate que veut former le président aux postes économiques, entre Timothy Geithner, jeune directeur de la Fed de New York, promis au Trésor, et Lawrence Summers, ancien ponte de Clinton destiné au Conseil économique.
L’ensemble de ses choix montre ce souci constant d’équilibre entre expérience et audace. Pour réaliser ses promesses sur la santé, il a choisi l’ancien leader des Démocrates Tom Daschle ; pour trouver une solution à l’immigration, il va nommer la gouverneur tête brulée de l’Arizona Janet Napolitano ; pour remettre de l’ordre dans la justice américaine, le clintonien Eric Holder… La liste est longue, et témoigne toujours de cette conviction de proposer des changements qui ne sacrifient pas la compétence.
L’appel à Hillary Clinton au Secrétariat D’Etat est une grande marque de réalisme et de grandeur politiques, termes qui se lient bien plus qu’ils ne s’opposent. Je passe sur les raisons politiciennes qui l’ont poussé à écarter son ancienne rivale du Sénat, ou de toute façon, les vieux barbons ne l’auraient pas laissé agir à sa guise. Obama a bien fait de remercier Hillary pour son soutien sans faille pendant la campagne, et celle ci a eu raison d’accepter ce poste, où il y a tant à faire. La concurrence de Joe Biden, ne sera qu’une bonne blague, étant déjà assigné aux règlements des rouages du Congrès, que Barack déteste. Je rappelle d’ailleurs que c’est le rôle essentiel normalement attribué au Vice Président, qui n’est pas du tout un président bis, mais, grosso merdo, le 101eme sénateur !
Surtout, cette ouverture, tout comme le soutien affiché de John McCain, montre que dans ce scrutin, les perdants ne furent pas les vaincus.
Tout combat, et a fortiori un combat politique, a ses vainqueurs et ses vaincus. Cependant, dans une petite manœuvre sémantique tout à fait opportuniste, je voudrais différencier les vaincus des perdants.
En effet, au cours de cette élection, Barack Obama a affronté aussi bien des ennemis idéologiques radicaux et néfastes, à savoir les suppôts du reaganisme et tous les préjugés de l’Amérique, que des adversaires honorables qui finalement l’auront beaucoup plus servi qu’autre chose, John McCain et Hillary Clinton.
La distinction que j’essaie de faire n’est pas qu’une magouille verbeuse. Je cherche à distinguer les premiers, qui ont cherché à bloquer Obama non pas pour son seul statut de candidat Démocrate mais de symbole vivant et intellectuel d’une Histoire qui en avait fini avec les échecs de la droite américaine, des seconds, qui avaient compris les mêmes choses que le nouveau président, tout en tirant des conclusions différentes.
Pour être plus clair, les Républicains, les Reaganiens ont perdu sur des questions de fonds et vont voir une grande partie de leurs certitudes ineptes battues en brèche pendant les trente prochaines années au moins, tandis que John McCain et Hillary Clinton auront surtout démérité sur la forme. Bien entendu, je ne dis pas qu’Obama et McCain étaient d’accord sur les mêmes idées, mais que leur constat de l’échec reaganien était partagé.
La conséquence de cette différence majeure est que les vaincus seront écrasés par la prochaine mandature quand les perdants trouveront une place à leur mesure. C’est toute la différence, entre ceux qui ont compris et accompagné le changement, et ceux qui s’y sont opposés.
Deux ans de campagne se sont achevés avec le plus heureux des scénarios possibles. Et quelle campagne merveilleuse ! Il y eut des coups bas, il y eut des magouilles, mais confrontés à l’enthousiasme entier d’une nation, aux passions sincères d’un peuple, aux attentes conjuguées de tout un monde, ces aléas sont bien peu de choses.
Je n’ai jamais été un supporter fervent de Barack Obama. Et pour cette raison, je découvre avec d’autant plus de plaisir le président qu’il semble vouloir devenir. On en demandera trop à Barack Obama, c’est évident. Il ne fera pas ce qu’on attend de lui. Il réalisera de bien plus grandes choses, des choses différentes.
Les Américains n’ont pas élu l’homme qu’ils pensaient élire. Ils ont majoritairement choisi quelqu’un pour résoudre une crise conjoncturelle. La bonne surprise qu’il leur réserve est qu’il s’attaquera aux raisons beaucoup plus profondes du mal américain, et dans ce sens, il fera beaucoup pour le monde.
Qu’on ne s’attende pas à une présidence parfaite. Cela n’existe pas, cela n’est même pas souhaitable. C’est juste grotesque. Barack aura ses vices. Sans doute cédera t il aux sirènes lancinantes du protectionniste, sans doute résistera-t-il difficilement à certains clientélismes. Ce n’est pas le problème, tout cela compte peu.
George Bush laisse un pays à la traine, qui n’a réglé aucun problème passé et préparé aucun défi à venir.
Le changement était improbable, il fut possible, il s’avère nécessaire, il sera brillant.
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novembre 24, 2008 à 7:25
[...] Here is the original post: L’Amérique de Barack Obama [...]
novembre 26, 2008 à 2:52
Excellent ! Et quelle plume ! Bravo continuez !
Blog de textes interessants parus sur le web
http://alexbrownsblog.blogspot.com/
Merci !