Le Vatican est-il Sénile ?

S’il existe bien une plaie satanique qui n’accable pas les hiérarques catholiques dans les tempêtes médiatiques qu’elle se surprend à provoquer, c’est son avant-gardisme.
Pourtant les princes de l’Eglise ont su devancer de manière admirable l’une des tendances les plus prégnantes et inquiétantes des sociétés occidentales : le lent et cruel vieillissement des élites. De fait, pendant que nos ainés et presqu’ainés s’agitent dans des crises de papilescence aigues, la Curie n’est pas en reste et se jette à corps perdus dans des croisades vaines, à l’assaut d’un monde qu’elle n’arrive plus à appréhender autrement que par son mépris et ses angoisses, enfants avortés de son ignorance et de son ineptie. Bien loin de leur apporter la gloire des armes bénis par le sang d’un vice terrassé, ces attaques réactionnaires ne font que salir toujours plus un héritage dont la grandeur peine à cacher la misère.
Foudroyés par une liberté qui a déchainé la modernité, les pontifes romains assistent, finalement béats, à un monde qui se transforme si vite que le refuge de l’intemporalité présumée de leur doctrine semble le seul bastion capable de les préserver. Las, loin de garantir l’Eglise des soubresauts du monde, aussi facétieux et délirants qu’exigeants et impérieux, cette réduction psychotique de l’espace spirituel et intellectuel des héritiers du Christ ne peut que l’amener à mourir délaissée dans un tête-à-tête morbide avec la frange profane de son empire meurtri, tout aussi réduite et coupée des réalités d’un monde dont elle n’a jamais concédé la perte.
On connait les effets délétères de la gérontocratie, stigmate ultime du flétrissement d’institutions arrivées au terme de leur existence. Que l’Eglise l’accepte ou non, son corps institutionnel est tout aussi mortel que la malheureuse chair aigrie de ceux qui l’incarnent. Les réformes ont beau avoir les charmes de la métempsychose, les forces des plus grandes âmes elles-mêmes finissent par se lasser de la vanité de leurs actes. Or, il est toujours plus confortable d’excommunier ses frères ennemis que d’exorciser ses erreurs intimes, et si l’Eglise parait si faible face aux défis de sont temps, c’est bien parce que les grandes âmes qui la composent ont renoncé au combat intérieur de leur propre réforme, le plus âpre, le plus douloureux, pour focaliser leur désespoir furieux sur le monde pécheur qui les entoure. Ont-ils oublié qu’il n’y a de vérité que dans le combat contre ses propres préjugés et que le refus du dialogue véritable ruine le progrès commun ?
L’Eglise pense combattre une modernité qui aurait oublié ses racines, les aurait reniées et n’aurait dès lors de cesse de les anéantir. Elle n’a pas compris ou refuse de comprendre que cette modernité ne s’est construite que comme une critique de ces mêmes racines et que de ce fait, elle les a intériorisées, entendues et au final, simplement dépassées. De ce dépassement bien sur, ont pu émerger, sans doute trop souvent, des doctrines dangereuses, extrémistes, folles. On pouvait les regretter, on ne pouvait les éviter, on devait les combattre. Or l’Eglise s’est trompé de combat. Loin de lutter contre les ennemis que la modernité avait pu elle-même engendrés, elle ne cesse de vouloir détruire cette dernière, allant parfois jusqu’à utiliser les forces terribles de ces mêmes ennemis qu’elle refuse de combattre, croyant avec arrogance que dans leur lutte commune, elle sortirait vainqueur. Qu’elle se soit trompé jusqu’à se renier au cours du XXème siècle ne semble pas lui avoir fait peur. L’ennemi de mon ennemi est pourtant un ami bien infidèle. Il est vrai que Pierre n’a pris le pouvoir que grâce à Judas. Il tout aussi vrai que les Romains ont tôt fait de lui remettre les esprits à l’endroit, la tête vers la terre…
Finalement, j’ignore si l’Eglise est à l’image du Christ, mais je constate que le Pape est bien l’héritier de Pierre. Un opportuniste qui se permet de juger toutes les âmes, assuré d’avoir les clés du paradis. Vaine assurance et suave arrogance. Devant l’Eternel pourtant s’il existe, les premiers à condamner seront sans doute bien les derniers à approcher de la vérité.
Ce n’est pas la société qui s’éloigne du monde, mais bien l’Eglise qui fuit, se fuit elle-même plutôt que d’accepter les critiques légitimes sur lesquelles cette société s’est réformée. Nul doute qu’elle aurait gouté à passer par les armes ces mêmes hérésies si le bras séculier avait encore été un allié aussi soumis qu’insistant. Et pourtant, même le fer n’avait pu assassiner les contestations légitimes des Protestants qui s’étaient répandues au sein du catholicisme. Ce qui a mené aux conclusions de Trente et de Vatican II ne suit pas un schéma si différent. Nier, tuer, échouer et s’amender. De fait, toute imbibée de certitude et parfois de préscience, l’Eglise a toujours été maitresse dans l’art des stratégies foireuses qui l’ont condamnée à éternellement réparer ses errements et à rattraper un temps précieux systématiquement perdu. A force de viser l’Eternel et à prétendre à l’Absolu, la Curie oublie que si elle sert le divin, elle reste désespérément humaine, et tant pis pour l’Esprit Saint, toujours bien pratique à défaut d’être bien servi.
Qui est Benoit XVI ? Un homme, un très vieil homme, entouré d’autres vieux prélats. Tous les mêmes nonobstant les rares subtilités géographiques. Aucun réformateur, aucun contradicteur. Il est vrai que Jean-Paul II avait déjà bien fait le ménage. Nul doute sur sa culture, son humanisme, son humilité, son sens du devoir, son amour pour l’humanité.
Un homme seulement, né en 1927, dont le monde s’est effondré deux fois. Elevé dans une suprématie occidentale et européenne qui devait s’écrouler à ses 18 ans, et dont la vie s’est écoulée dans un monde bipolaire qui n’existait déjà plus.
La pensée de Joseph Ratzinger n’est pas réactionnaire par posture ou choix. Le pape est juste un homme du XXème siècle, profondément, encore animé par les problématiques du XIXème. Son esprit s’est construit sur une pensé qui n’existe plus, qui n’a plus aucun support dans le réel. Benoit XVI subit. Il subit un monde qu’il ne comprend pas, il subit une intelligence du monde qui n’est plus pertinente. Et Dieu sait que le monde va à une vitesse qui dépasse beaucoup d’entendements.
Rares sont les individus qui peuvent réellement amender leur pensé fondamentale. De Gaulle ou Mitterrand n’ont jamais vu l’Allemagne comme autre chose qu’un danger en puissance. Le cerveau et l’esprit sont des mécaniques qui sont difficiles et hasardeuses à démonter, l’homme ne s’est pas encore extrait du temps, et son esprit, malgré toute la détresse que cette idée implique, ne peut combattre son inéluctable dépassement.
Il n’y a rien à attendre de nouveau chez Benoit XVI, non pas qu’il soit un homme mauvais ou méchant, non pas qu’il n’ait d’amour pour les mémoires des Juifs déportés et assassinés, pour les malades du sida, pour ceux qui attendent les miracles annoncés des cellules souches, pour les petites filles violées, pour les souffrances des homosexuels, pour les espérances des femmes. Benoit XVI vit juste dans un autre monde. Un monde policé fait de papier et d’infaillibilité, un monde feutré et autiste que résume bien la lettre que le pape a adressée à ses évêques.
Et dans le petit monde de Benoit XVI ne reste qu’une Eglise assiégée, menacée, contenue dans les frontières de marbre du Vatican. Dans le petit monde de Benoit XVI, la priorité n’est pas d’appliquer enfin les résolutions d’un concile pourtant bien timide mais de panser les blessures internes qu’il a produites. Dans le petit monde de Benoit XVI, cette blessure est illégitime, il ne comprend pas qu’elle était nécessaire, que bien entendu, dans sa marche courageuse vers l’ouverture sur les autres religions et ses efforts timorés pour effleurer la modernité, l’Eglise devait se débarrasser de membres pourris, d’une frange irrécupérable de ce que la tradition avait créée : des êtres racistes, haineux, antisémites, anti-démocratiques. Des grosses merdes.
Il n’y a pas eu d’erreurs de « communication » dans l’affaire Williamson même si l’oublie « fâcheux » d’Internet illustre par la plus simple évidence l’arriération tout simplement mécanique du Vatican et fermeture totale à son environnement. L’erreur ne venait pas des mots employés, du timing, du retard des réactions. C’était une erreur d’appréciation, croire que la réconciliation de l’Eglise avec son passé détestable était prioritaire, ou tout simplement légitime.
Plus grave, dans l’esprit de Benoit XVI, choisir de réintégrer les « 291 » prêtres de la Fraternité Saint Pie X, plutôt que d’ouvrir le sacerdoce aux femmes ou aux hommes mariés (près de 100 000 vocations avortées depuis 1965 selon l’association européenne progressiste Nous sommes Aussi l’Eglise) a une signification toute simple. L’Eglise ne voit pas que son salut est dans la réforme, dans l’abandon de cette « Tradition » qu’elle a osée rendre égale aux Ecritures lors du Concile de Trente, au XVIème siècle. Pour l’immuabilité de la vérité éternelle catholique et apostolique, on repassera !
Le hasard ou le destin ont voulu mettre en lumière ce choix délétère qu’a fait l’Eglise sur le sens de sa propre réforme. Le réformateur catholique Hans Kung avait été choisi avec Joseph Ratzinger comme théologiens experts lors de Vatican II, ils étaient collègues dans une université allemande et par ailleurs parmi les plus jeunes participants au dit concile. Le premier était très favorable aux conclusions des discussions, tandis que le second ne s’y était finalement rallié que par raison. De cœur, Ratzinger était bel et bien un homme du XIXème qui vivait déjà mal son siècle. Le temps passé, les réformes induites par Vatican II furent largement éthérées, et Hans Kung fut banni de l’Eglise, sans toutefois être excommunié. Son dialogue avec le Pape Benoit XVI quelques temps après l’élection de ce dernier, fut un échec annonciateur du ton du mandat d’un pape qui n’en finit plus de transiter sans transiger.
Il y a quelques choses de profondément désespérant dans la multiplication des faits et déclarations à la fois grotesques et cruels de Benoit XVI et de ses acolytes, c’est la fidélité admirable, à défaut d’être raisonnable, de la majorité du clergé séculier, qui tente vainement d’atténuer leur portée, et disons le, d’humaniser le message papal. La Curie peut rendre grâce devant la fidélité de ses fideles, non pas des intégristes débiles qui ne se sont jamais posé la moindre question, mais de ses foules de croyants sincères, qui tentent tant bien que mal de faire vivre leur foi généreuse face à une doctrine dont ils peinent à justifier les errements.
Rares sont les Européens, même agnostiques comme je le suis, qui ne peuvent approuver le l’esprit de Deus Caritas Est ou Spe Salvi. Les vertus théologales que sont l’amour, la compassion et l’espoir sont des valeurs fondamentales de notre civilisation. Et il est regrettable qu’à force de s’en croire vainement les légataires, la hiérarchie catholique les salisse par leurs actes et leurs dogmes, et finalement les meurtrissent, laissant les foules qui n’ont ni foi pour les sauver, ni raison pour les guider, sombrer dans le désespoir, ou la mort.
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mars 20, 2009 à 6:28
Mec, t’es dur. De constructif à répondre à tout ça, je n’ai pas grand chose. Mais vraiment je trouve que tu passes tes nerfs sur un Pape qui tente de faire des gestes d’ouverture.
Oui, pas dans le sens de la modernité, mais néanmoins en essayant de montrer que l’Eglise n’a pas à “priver les gens de paradis” en rétablissant des réprouvés. Après, si ces gens sont des connards, c’est pas non plus la faute du Pape s’ils font de le m*** juste au mauvais moment.
M’enfin, je te cache pas qu’en ce moment, je reconnais bien que c’est pas toujours folichon…
mars 20, 2009 à 7:44
+1
mars 21, 2009 à 10:14
Moi je ne me suis pas trouvé si dur que cela, j’ai défendu l’esprit du catholicsme et les croyants…
Après je ne peux pas sauver un pape qui pense s’ouvrir au monde en accueillant les débiles dangereux du lefebrisme!
Par ailleurs, extrait du monde de ce matin :
Ses propos sur le préservatif ont sérieusement écorné l’image de Benoît XVI. D’après une étude CSA pour Le Parisien/Aujourd’hui en France à paraître samedi 21 mars, 23 % des Français disent avoir une bonne opinion de Benoît XVI alors qu’ils étaient 53 % en septembre dernier. Ils sont désormais 57 % à avoir une mauvaise opinion de lui, contre 25 % il y a six mois.
Parmi les catholiques, 29 % des personnes interrogées disent avoir une bonne image du pape contre 65 % en septembre. Ils sont 55 % à exprimer un avis contraire, contre 19 % il y a six mois. La dégradation de l’image du pape se confirme aussi chez les catholiques pratiquants réguliers, qui ne sont que 52 % (contre 86 % en septembre) à avoir une bonne opinion de lui.
avril 13, 2009 à 8:06
Ton article mon cher ami, me semble sous bien des aspects pertinents. Il a le mérite d’appeler à la réflexion sur les élites. D’une manière générale, je pense que bon nombre de dirigeants, qu’ils soient des dignitaires religieux ou politiques, évoluent dans un autre espace temps que le commun des mortels. D’où certains problèmes de communication…
Concernant ce cher Bernedickt der 16. (son vrai nom dans la langue de Goethe), je suis partagée entre indignation et compréhension: je condamne son discours parce qu’il a très mal choisi son auditoire!!! Les principes de fond (à savoir que le préservatif n’est pas une excuse pour multiplier les partenaires et faire de son corps un domaine public) sont à mon sens parfaitement recevables voire (osons ces termes) assez louables dans une société où performance rime trop souvent avec productivité et rendement.
Bref, mon côté Nature et Traditions ressort peut-être un peu trop! Je vais donc conclure par ces termes plus polémiques et donc mieux appréciés: la civilisation africaine demeurant encore fortement marquée par le poids des traditions et de la religion (pour ne pas dire superstition), mieux vaut s’abstenir de conforter les foules dans cette obscurité. Lorsque l’alphabétisme aura largement progressé en Afrique ( de même que l’accès à la culture mondiale) alors la religion pourra sûrement avoir une place légitime (comme support de méditation). Après tout, la fin de toute foi ou croyance n’est-elle pas de révéler, de sublimer les âmes au lieu de les réduire à la servitude et à l’obéissance?
janvier 17, 2012 à 1:16
Imposteur, qui es-tu pour oser ainsi outrager le Catholicisme ?
Ta phrase sur Pierre n’est pas dénuée de sens, mais l’imbécile que tu es vante les mérites de Wojtyła alors qu’il est un traître sataniste qui encourage à l’idolâltrie. Mais ces mensonges ne m’étonnent pas d’un protestant, obligatoirement issu d’une lignée spirituelle de traîtres.
L’Eglise ne fuit pas le monde, c’est évidemment le monde qui est entrainé dans un évitement de l’Eglise. Ce n’est pas à l’Eglise et à ce qu’elle est censée représenter de se plier à la société, c’est évidemment le contraire. Et la partie ne comporte pas que deux joueurs, mais tu fais semblant de l’ignorer.
Sur ce, crève ordure.
janvier 17, 2012 à 9:16
Cher,
Vous outragez bien plus le catholicisme que moi sur trois points. Par ailleurs, sauf erreur, vous semblez vous même vous considérer comme catholique, ces trois points deviennent donc des péchés, dont le troisième vous vaudrait une excommunication :
- des menaces et des insultes sur ma personne,
- des insultes envers les Protestants, dont le respect est exigé depuis Vatican II
- une remise en cause de la légitimité de Jean Paul II
Deuxièmement, vous semblez ignorer que l’Eglise s’est constamment adaptée à la société : synthèse antique quand la chrétienté judaïque est devenue grecque et romaine, synthèse avec les différentes moeurs des terres évangélisées, réformes carolingienne, grégorienne, Contre Réforme, l’ensemble des mouvements opérés de Leon XIII à Jean Paul II, et enfin les adaptions contemporaines sur les terres non européennes.
Bref, votre message est délirant. Qu’attendre de quelqu’un qui se permet d’écrire “InnomineDomini” ? Même le pape se contente de se prétendre vicaire du Christ. Je suis sans doute un imposteur, mais votre vanité est un péché mortel. Et grotesque.